Le-Pigeon-Voyageur

Critères de sélection


Un grand nom de la colombophilie belge m'a dit "Un pigeon vole avec ses ailes et avec sa tête, on ne peut pas se fier à grand'chose. Va savoir ce qu'un pigeon a dans la tête".

C'est vrai mais statistiquement, après avoir eu en mains de grands pigeons, je suis obligé de faire le constat suivant : d'une façon générale, un bon pigeon est un beau pigeon et, chez un champion, certains critères sont pratiquement toujours réunis.

1) La personnalité du pigeon.

Si les connaisseurs désignent du doigt les meilleurs pigeons après avoir passé la porte du pigeonnier, ce n'est pas un quelconque don de voyance qui leur permet de le faire.
Le bon pigeon a un port, une expression et même souvent un comportement particulier. Chez les humains l'on perçoit assez facilement le degré d'intelligence d'un individu à travers ses traits, son expression et sa façon d'être. Il en est de même pour les pigeons.
Un bon pigeon a de la personnalité. Il est même souvent particulier. Les surnoms des champions sont éloquents : le fou, le solitaire, l'enragé ( par exemple, "de dolle" veut dire l'enragé, en néerlandais).

L'indépendance et l'affirmation de soi sont deux qualités essentielles : le champion (qui vole en queue de peloton pour échapper aux prédateurs) sait se détacher quand il le faut pour regagner son pigeonnier au plus vite. Il se détache pour prendre soit le plus court chemin soit en fonction des conditions météorologiques qui l'attendent. C'est ainsi qu'il sait contourner un orage alors que le pigeon quelconque sera pris dans la tourmente, cherchera son chemin, sera contraint de se poser dans un arbre pour se sécher. Pendant ce temps, le champion- qui a anticipé- a contourné les foudres du ciel. Ceci a été prouvé en équipant les pigeons de GPS. Le suivi par GPS a aussi montré que la progression du vol face à un relief important se faisait en lacets. Les lacets du champion sont francs, réguliers alors que ceux des autres pigeons sont plus erratiques, avec des boucles qui font perdre beaucoup de temps. Les mêmes boucles sont observées chez le pigeon ordinaire au départ et quelquefois même après quelques dizaines de kilomètres. Si le handicap est plus évident chez les vitessiers, il n'est pas négligeable chez les pigeons de fond.

Seul ou par vent contraire, le pigeon indépendant vole bas, en exploitant les reliefs, les haies, les habitations. Il se pose  le moins possible pour boire et effleure la surface des étangs ou des cours d'eau.
Le bon pigeon a su apprendre à corriger la dérive qui lui est imposée, comme à tout ce qui vole. En effet, il subit la dérive magnétique bien connue des aviateurs. Il a appris aussi à corriger la dérive vers l'Ouest, là où le ciel est plus lumineux quand le soir tombe.
Si c'est par la répétition des vols que le pigeon apprend - il peut même apprendre à voler la nuit en prenant pour points de repère les autoroutes et les agglomérations éclairées - encore faut-il qu'il ait les dispositions à  un bon apprentissage.

Les caractéristiques qui peuvent éclairer sur la personnalité du pigeon sont, en dehors de l'observation de son allure générale et de son comportement :
- la lige du bec par rapport à l'oeil ;
- la position de l'oeil par rapport au sommet de la tête ;
- le cerclage de l'oeil ;
- l'expression de l'oeil ;
- les caractéristiques de l'oeil ;

- le poids relatif.

Ces critères ne sont pas infaillibles mais il est bien rare qu'un champion n'ait pas une tête en conformité avec la plupart d'entr'eux  lesquels, à première vue, ne semblent relever que de l'esthétique.
Si Einstein n'était pas particulièrement beau, son oeil et son expression générale révélaient son intelligence. Petit et "pas beau", il avait néanmoins de la personnalité, du charisme.

2) L'aile.

Lorsqu'un colombophile prend un pigeon, son premier geste après avoir passé la main sous son corps est de déplier l'aile. Ce geste est chargé d'une symbolique forte qui témoigne de sa motivation première à posséder des oiseaux qui témoignent desa volonté de liberté et de lumière. Cette symbolique explique que la colombophilie se soit si fortement implantée chez les mineurs.


Au-delà de cette signification, l'appréciation de ce qui fait la qualité du voilier apparaît comme une évidente priorité.
  Comment juger l'aile d'un pigeon ? Il n'existe pas une aile de référence pour le pigeon voyageur comme il en est pour le faucon, le vautour ou l'hirondelle qui ont une aile adaptée à leur destination.

Le problème ici rencontré est qu'il existe plusieurs souches de pigeons sauvages et que c'est à partir de quelques unes de ces souches que l'on en est arrivé à produire nos pigeons voyageurs domestiques.

Dans un premier temps, trois familles ont été produites à partir des pigeons sauvages : les Anversois, les Liégeois et les Carriers anglais. Au gré des besoins spécifiques, le dosage du sang de ces familles a varié. C'est ainsi que l'on peut constater aujourd'hui que le sang anversois prime pour la vitesse et le sang liégeois pour l'endurance.


Il m'a été rapporté par des anciens, aujourd'hui disparus depuis fort longtemps, qu'après la guerre 14-18 des Belges étaient venus dans le plus grand massif forestier du Nord de la France pour prendre au nid des "petits bleus", pigeons sauvages migrateurs qui nichent dans les trous des troncs d'arbres.

Pendant la guerre, la détention de pigeons voyageurs était interdite par l'occupant. Elle était sévèrement punie. C'est ainsi qu'à Montay, près de le Cateau dans le département du Nord, tous les occupants d'une maison ont été fusillés parce qu'un pigeon était rentré d'un concours organisé avant l'arrivée de l'envahisseur allemand.


Des Belges qui avaient clandestinement conservé quelques pigeons avaient donc cru bon revitaliser leur pigeonnier en introduisant des pigeons sauvages. Cette histoire est d'autant plus étonnante qu'il semble communément admis que c'est le columba livia qui a contribué à la culture des premiers pigeons voyageurs et que le pigeon de nos forêts est du genre columba oenas. On ne sait pas si l'introduction de ces pigeons a contribué à la gloire ou au déclin des colombiers qui ont reçu leurs hôtes sauvages...


 
S'il n'existe pas d'aile de référence dans la nature pour nos pigeons, l'observation des caractéristiques des ailes des champions peut nous conduire à dresser une liste des points les plus communément rencontrés.


Les règles communes :

- Le bras doit être court,  un peu plus large que la dernière phalange du médius ( d'une main normale) que l'on passe naturellement à cet endroit au cours de l'examen de l'aile. Il faut juger l'attache au sternum.

- L'avant bras doit être court, en proportion avec le bras. La puissance de l'aile dépend de ces deux éléments.

- La longeur de la main est aussi une affaire de proportion et il convient de relativiser en fonction de la taille du pigeon. La main qui supporte les rémiges relève plus des critères aérodynamiques de l'aile que de sa puissance.

-  L'aile entière doit être très souple. Le bon pigeon donne souvent son aile et il est aisé de la mettre en souplesse à la verticale. Il y va de l'adaptation au vol lors des turbulences, notamment par vent défavorable.

- La tranche avant de l'aile doit être épaisse. Cette arrière-aile doit avoir ses plumes alignées, le dessous doit être très fourni et présenter une dépression.

- L'arrière aile doit être alignée et courte avec un décalage par rapport aux rémiges dont les six premières doivent être larges.

- Les quatres dernières rémiges doivent être étagées sur un même plan et se terminer par un arrondi, l'arrondi de la dernière prenant la direction de l'extérieur. Ces quatres dernières rémiges se détachent des six premières et elles sont plus étroites. la dernière tend vers l'extérieur. Les six premières rémiges doivent faire corps et les quatre dernières doivent au contraire être légèrement espacées. Les barbules doivent être parfaites.

- Le profil des quatre dernières rémiges doit présenter une courbure marquée.

- Les plumes de couverture des dernières rémiges doivent être longues et larges.

- Les plumes de poignet ( si l'on considère que les rémiges correspondent à la main dans le prolongement du bras et de l'avant bras) doivent être robustes, claquantes et très pigmentées. Ces plumes au nombre de quatre dont aussi appelées "aile bâtarde" et elles jouent un rôle capital dans l'équilibre du pigeon en vol et au moment de l'aterrisage. C'est à cette occasion que l'on peut les voir le mieux en action.

Lorsqu'un pigeon réunit la plupart de ces critères de qualité d'aile vous remarquerez que son vol dans le colombier est praiquement silencieux et que son envol en flèche à partir de la trappe est celui d'un "Concorde". Un pigeon qui fait "l'hélico" tant par le bruit de son vol que par le plongeon ou la dérive après l'envol est à éliminer du colombier.

Nous tenons à répéter qu'il s'agit ici de l'exposé de règles communes. On peut toujours nous opposer des exceptions. La non-conformité de l'aile à ces critères ( rarement tous réunis) est alors compensée par une personnalité, un tempérament exceptionnels. En tout état de cause, ces critères sont présents chez la plupart des champions. Nous appelons "champion" un pigeon qui a eu une carrière exceptionnelle et non le gagnant d'un jour qui doit sa gloire à un heureux concours de circonstances...!
Il est évident qu'en matière de colombiculture il est bon de réaliser les accouplements, notamment, en fonction de l'amélioration de ces critères de perfection de l'aile des voiliers.
Aile-VDW-1-copie.jpgAile VdW 3 copie




Aile-VDW5-copie.jpg ( remarquez aussi la forme de la fin de la dernière rémige )


Aile VdW 11 copie

Juin 2009
.Aile-WDW13-copie.jpgAile VDW 2 copie 
                                                                                                              Vous pouvez voir la courbure des dernières rémiges et deviner la dépression sous l'aile.

A suivre.

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